Télésoin -À quoi consiste cette nouvelle pratique ?

Télésoin -À quoi consiste cette nouvelle pratique ?

il y a 3 mois 8 min lu
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Télésoin : définition et professions de santé concernées

Définition et histoire du télésoin

Le télésoin est une pratique de santé qui consiste à effectuer des soins à distance grâce aux technologies de l’information et de la communication. Il met en relation un patient avec un auxiliaire médical, ou un pharmacien.

La notion a été introduite à l’été 2019, dans le cadre de l’adoption de la loi relative à l’organisation et à la transformation du système de santé. Un pan entier de cette loi met l’accent sur le transformation numérique et ses usages possibles dans le secteur de la santé. A l’origine, le télésoin ne concernait que quelques professions du domaine paramédical.

Avec le confinement de la population française pendant la pandémie de Covid-19, l’adoption de cette pratique a été élargie pour répondre à plusieurs objectifs. En effet, l’impossibilité d’accéder physiquement aux professions médicales et paramédicales a mis en exergue plusieurs besoins nécessitant une réponse rapide et efficace. Parmi ces besoins :

  • Faciliter l’accès aux soins
  • Assurer la continuité de la prise en charge, en particulier pour les patients atteints de maladies chroniques, d’affections de longue durée, et les femmes enceintes
  • Pouvoir prendre en charge à leur domicile des patients atteints du Covid-19, ou qui en présentent les symptômes
  • De s’adapter aux choix du patient concernant la levée du confinement

C’est pourquoi au printemps 2020, de nouvelles professions se sont vu autoriser le télésoin pour un certain nombre d’actes :

  • Dès le 23 mars 2020, les infirmiers libéraux ont pu pratiquer le télésoin pour le suivi à distance des patients Covid-19
  • Le 25 mars, les orthophonistes ont été autorisés
  • Le 14 avril, ergothérapeutes et psychomotriciens
  • Le 16 avril, le télésoin a été ouvert aux masseurs-kinésithérapeutes
  • Enfin, le 19 mai, l’autorisation a été élargie aux orthoptistes, pédicures-podologues et pharmaciens

telesoin

Professions bénéficiant du télésoin

Au total, à l’été 2020, Les professions d’auxiliaires médicaux autorisées à pratiquer le télésoin sont au nombre de 17 :

  • Audioprothésistes
  • Diététiciens
  • Epithésistes
  • Ergothérapeutes
  • Infirmiers
  • Manipulateurs d’électroradiologie médicale
  • Masseurs-kinésithrapeutes
  • Ocularistes
  • Opticiens-lunetiers
  • Orthopédistes-orthésistes
  • Orthophonistes
  • Orthoprothésistes
  • Orthoptistes
  • Pédicures-podologues
  • Podo-orthésistes
  • Psychomotriciens
  • Techniciens de laboratoire médical

Les différences entre télésoin et téléconsultation

Le télésoin désigne un soin effectué à distance par un auxiliaire médical, grâce aux technologies de l’information et de la communication. Par exemple, des exercices de rééducation effectués en vidéotransmission avec un kinésithérapeute ou un orthophoniste relèvent du télésoin.

La téléconsultation est une autre pratique de télésanté : il s’agit d’une consultation à distance avec un professionnel médical. Les professions concernés sont les médecins, généralistes et spécialistes, les chirurgiens-dentistes et les sage-femmes.

En somme, il s’agit concrètement du même type d’acte, à savoir une consultation de santé à distance ; la différence étant que le télésoin concerne les professions paramédicales, et la téléconsultation les professions médicales. La téléconsultation donne donc lieu à des actes supplémentaires que seul un médecin peut effectuer, comme la prescription d’un traitement ou d’examens médicaux, et la lecture de résultats d’analyse.

Contraintes du télésoin

Prérequis techniques et éthiques

Pour encadrer la mise en oeuvre du télésoin, la Haute Autorité de Santé a émis un certain nombre de recommandations éthiques et techniques. Celles-ci ont pour objectif de faciliter le déroulement des soins à distance, tout en respectant des principes tels que la confidentialité des données échangées, et l’information du patient.

Ainsi, l’auxiliaire médical doit autant que possible :

  • Réaliser le soin à distance dans un lieu calme et isolé, afin de respecter la confidentialité des échanges
  • Informer le patient sur la possibilité de se faire accompagner à distance, et sur les modalités pratiques de l’acte réalisé

Techniquement, le télésoin peut être assuré par deux moyens : l’appel téléphonique ou la vidéotransmission. La vidéotransmission est privilégiée, car elle permet une communication plus aisée et complète. Elle peut être réalisée avec un smartphone, une tablette ou un ordinateur portable équipé d’une webcam. Des services de vidéotransmission sécurisés conçus spécifiquement pour le télésoin sont utilisée dans la plupart des cas, car ils permettent d’assurer la confidentialité des données, ainsi que la gestion des documents médicaux. Dans d’autres cas, notamment en l’absence d’échange de documents médicaux, des services de messagerie instantanée grand public comme Whatsapp ou Skype, peuvent être utilisés. Les solutions sécurisées doivent cependant être privilégiées dans la mesure du possible. Lorsque la vidéotransmission n’est pas possible, par exemple si le patient ne possède pas de smartphone/ordinateur portable ou est malvoyant, le téléphone est utilisé en dernier recours.

Déroulement du télésoin

En pratique, pour que le soin à distance soit réussi, il convient de respecter quelques règles pour faciliter la communication, notamment :

  • Veiller à ce que le son et l’image soient de bonne qualité, grâce notamment à la luminosité de la pièce et en se tenant à une distance optimale de la caméra
  • Rester dans le champ de la caméra et éviter de lui tourner le dos
  • S’assurer que le patient a bien compris toutes les informations relatives à sa situation
  • Faire en sorte de favoriser l’expression du patient

Côté patient, les recommandations sont peu ou prou les mêmes : se placer bien en face de la caméra ; parler fort ; et s’assurer d’avoir une connexion de bonne qualité, pour voir et entendre le professionnel de santé.

Critères d’éligibilité des patients

Pour pratiquer le télésoin, l’auxiliaire médical doit s’assurer que le patient remplit certains critères d’éligibilité. Ceux-ci concernent :

  • Son état de santé général, et ses symptômes
  • Son équipement, ainsi que sa capacité à utiliser les outils nécessaires au bon déroulement de l’acte de télésoin
  • La possibilité pour le patient de ne pas rompre la confidentialité des échanges avec le professionnel de santé (la promiscuité constitue un obstacle)
  • La nature de l’acte réalisé : en effet, certains actes ne peuvent faire l’objet d’un soin à distance, car ils nécessitent un contact direct avec le patient, ou l’utilisation d’un matériel spécifique

Modalités de remboursement des soins à distance

Le remboursement des actes de télésoin est habituellement soumis à certains critères, à savoir :

  • Pour le patient, avoir réalisé une première consultation en physique avec un auxiliaire médical du même domaine que celui qu’il souhaite consulter à distance
  • L’utilisation d’un service de vidéotransmission prévu pour les actes de télésoin

Face aux conditions exceptionnelles de la pandémie de Covid-19, un décret a été publié pour déroger à ces principes : tous les actes de télésoin sont remboursés à 100% par l’Assurance Maladie, dès lors que le professionnel est conventionné ; et cela vaut également pour les consultations par téléphone, dans le cas où le patient n’a pas accès à la vidéotransmission.

Télésoin et télésuivi

Le télésuivi est une forme particulière de télésoin. Il s’agit d’un acte permettant aux professionnels de santé d’assurer un suivi médical à distance de leurs patients, dans le cadre d’une maladie chronique ou toute pathologie nécessitant une surveillance régulière. Le télésuivi peut reposer sur un équipement permettant de recueillir et transmettre des données médicales au quotidien ; ou sur la mise en relation entre un patient et un auxiliaire médical, avec interrogatoire et suivi des symptômes.

Les personnes atteintes de certains troubles chroniques connaissent le télésuivi depuis plusieurs années. C’est notamment le cas pour l’apnée du sommeil, un des premiers terrains d’expérimentation du suivi de pathologie à distance. En effet, dès décembre 2017, un arrêté est publié pour encourager les prestataires de santé à domicile à mettre en place le télésuivi pour un maximum de patients atteints d’apnée du sommeil.

Dès 2018, d’autres pathologies ont bénéficié du télésuivi. Cette année-là est lancé un programme d’expérimentation de financement de la télémédecine, portant le nombre de patients télésurveillés à 21 000 en 2019. Parmi les maladies chroniques incluses dans le programme se trouvent l’insuffisance rénale, l’insuffisance respiratoire, le diabète et l’insuffisance cardiaque.

Cependant, comme pour les autres pratiques de télésanté, c’est surtout la pandémie de Covid-19 qui a accéléré et généralisé l’adoption du télésuivi. On peut mentionner la mise en place de plusieurs plateformes automatiques de suivi à distance, à destination des patients atteints de la maladie, ou présentant des symptômes. Le fonctionnement de ces plateformes repose sur des questionnaires et algorithmes validés scientifiquement ; l’objectif étant d’évaluer rapidement les symptômes, afin de produire des recommandations adaptées.

Concernant le télésuivi d’humain à humain, entre un patient et un auxiliaire médical, les infirmiers libéraux sont la première profession à en avoir bénéficié largement. En effet, ils ont été autorisés à le pratiquer par décret en mars 2020, toujours dans le cadre de la surveillance des patients Covid-19. En pratique, le télésuivi infirmier consiste à interroger le patient sur son état général, et identifier les signes d’aggravation des symptômes. Autant que possible, l’infirmier s’appuie sur des données concrètes, mesurées par le patient lui-même, comme la tension et la température corporelle. En fonction de l’état du patient, l’échange à distance peut déboucher sur un suivi en présentiel, une consultation médicale ou une prise en charge aux Urgences.

Quelques exemples d’applications du télésoin

La pratique du télésoin en ergothérapie

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En avril 2020, à peu près en même temps que les kinésithérapeutes, les ergothérapeutes et psychomotriciens se sont vus autoriser les consultations à distance.

Le recours au télésoin est particulièrement pertinent pour les ergothérapeutes, dont les patients rencontrent des limitations dans leurs activités de la vie quotidienne. Les avantages sont nombreux. Le thérapeute peut notamment :

  • Rencontrer l’entourage du patient
  • Prendre en compte son lieu de vie (qui est aussi parfois son lieu de travail)
  • Aider un patient qui rencontre une situation “urgente” dans son quotidien
  • Une réduction des déplacements : cela permet d’éviter la fatigue, et s’avère surtout pertinent pour les personnes en situation de handicap moteur qui s’éprargnent un transfert

C’est à l’ergothérapeute d’estimer la faisabilité et la pertinence du télésoin, en fonction de chaque cas particulier. Pour chaque patient, les bénéfices de la consultation à distance doivent être supérieurs à ses contraintes.

Le télésoin pour les kinésithérapeutes

Depuis le 16 avril 2020, les masseurs-kinésithérapeutes peuvent pratiquer le télésoin pour le suivi de leurs patients. Comme les actes de kinésithérapie ne nécessitent pas d’échange de documents médicaux, tous les outils permettant une vidéotransmission peuvent être utilisés.

Il revient au kinésithérapeute lui-même d’évaluer la pertinence du recours à la téléconsultation. Dans tous les cas, celle-ci ne peut être pratiquée sans que le patient ait déjà reçu un premier soin en présentiel.

Le soin à distance permet aux kinésithérapeutes :

  • D’échanger de manière approfondie avec leurs patients, pour investiguer les causes de la douleur
  • De donner des recommandations de posture, pour prévenir et soulager les douleurs chroniques
  • De rassurer les patients et les conseiller
  • De leur prescrire des exercices de rééducation, sachant que l’appel vidéo permet au thérapeute de réaliser une démonstration complète des gestes à réaliser, comme en présentiel

La gamme des motifs pouvant donner lieu à des séances de kinésithérapie en télésoin est vaste. Sont notamment éligibles la rééducation des membres, du rachis et des ceintures, la rééducation de l’enfant et de l’adolescent, la rééducation suite à certaines affections neurologiques et respiratoires (hors situations d’urgences), mais aussi les personnes atteintes de rhumatismes inflammatoires.

Dans le cas où le patient est mineur, un parent ou un majeur autorisé est tenu d’assister à la téléconsultation.

Pharmacie

Depuis le 18 mai 2020, les pharmaciens d’officine ont le droit de pratiquer le télésoin, pour des entretiens pharmaceutiques, et des bilans partagés de médication. Comme pour la kinésithérapie et les autres professions, un entretien préalable en physique est nécessaire pour que le patient soit éligible.

Le télésoin, qui consiste à consulter à distance un professionnel du domaine paramédical, est l’équivalent pour ces professions de la téléconsultation, terme réservé aux médecins. Remboursé par l’Assurance Maladie sous certaines conditions, le télésoin permet de bénéficier à distance d’un certains nombre d’actes paramédicaux (rééducation, suivi), ce qui vient faciliter la prise en charge de nombreux troubles chroniques.

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